Discours de Jean-Pierre Michaux

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 Jean-Pierre Michaux
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Catherine Trautmann 
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Madame la Ministre,
Monsieur le Préfet de Région,
Monsieur le Sénateur-Maire,
Monsieur le Député,
Mesdames et Messieurs les Elus,
Mesdames et Messieurs les Présidents et Directeurs,
Chers Amis,

Madame la Ministre, c'est avec grand plaisir et beaucoup d'espoir que nous accueillons.

Curieusement en vingt ans d'activités, c'est la première fois qu'un Ministre de la culture en exercice honore ce lieu de sa présence.
Croyez moi, le Conseil d'Administration que je préside,
les anciens présidents (pour le Frac Rhône-Alpes, Jacques Oudot et Ninon Robelin et pour le Nouveau Nusée, mes prédécesseurs Robert Brochier, Henry Fuoc et Jean Jules Bertin qui est aussi l'architecte de la rénovation de ce bâtiment),
les directeurs, Jean Louis Maubant, fondateur du Nouveau Musée, Olivier Donat et Yannick Miloux,
toute l'équipe enfin et bien sûr moi-même,
nous ressentons cet honneur très intensément.

Nous voulons imaginer votre visite comme une marque d'estime et de reconnaissance de votre Ministère pour le travail patient accompli par notre institution en vue de rendre le meilleur de la création contemporaine lisible par le plus grand nombre. Nous avons tenté de montrer non seulement les meilleurs artistes mais surtout ceux dont l'oeuvre est généreuse, ouverte sur la société et ses questions, aussi bien que sur l'individu dans sa dimension à la fois civique et métaphysique.

Un double souci a en effet toujours animé les équipes du Nouveau Musée et du Frac Rhône-Alpes, réunies désormais pour faire vivre une seule et même structure, l'INSTITUT D'ART CONTEMPORAIN que vous officialisez aujourd'hui :
- d'une part, tout apprendre des artistes mais aussi les aider de toutes les manières possibles
- d'autre part, transmettre au public cette certitude que l'art est source d'interrogations et donc de lucidité personnelle aussi bien que sociale : l'art rend citoyen.

Il est extrêmement difficile de dresser un bilan des activités. Rappelons simplement :
-qu'une soixantaine d' expositions ont été produites à Villeurbanne et reprises le plus souvent dans d'autres institutions en France, en Europe et même au Japon et que près de 450 artistes de toutes générations ont ainsi pu proposer leur travail au public lors d'expositions personnelles ou collectives
- que la Collection Frac Rhône-Alpes comporte à ce jour plus de 1200 oeuvres, diffusées largement sur l'ensemble du territoire rhône-alpin
- que des centaines de visites commentées, conférences, colloques, séminaires, leçons d'artistes ont permis d'éclairer la création contemporaine auprès d'un public le plus large possible, celui des écoles, collèges et lycées, universités et grandes écoles, écoles d'art et d'architecture, associations, entreprises.

L'Institut d'Art Contemporain engrange évidemment ce bilan, bien plus positif que ne le laissent entendre la morosité ou le dénigrement à la mode de l'art contemporain. On ne dira d'ailleurs jamais assez combien la situation artistique française a changé depuis vingt ans qu'il existe des Centres d'art et des Fonds régionaux d'art contemporain.
Mais avec l'Institut d'Art Contemporain, nous voudrions aller plus loin, investir des territoires nouveaux et mettre en oeuvre des méthodes nouvelles.

En effet, si les expositions et la Collection Frac Rhône-Alpes constituent le coeur de l'activité, le réacteur en quelque sorte alimenté par la relation d'échange permanent avec les artistes,
l'avenir, l'expansion, la conquête passent par le développement de secteurs d'activités nouveaux. Pour cela, votre aide et celle de votre Ministère seront cruciales aux côtés des Collectivités Locales. Je tiens particulèrement en votre présence, Madame la Ministre, à souligner l'engagement fort de la Ville de Villeurbanne et de la Région Rhône-Alpes pour notre institution en partenariat avec votre Ministère.

L'une de nos ambitions immédiates est le renforcement de notre politique en direction des publics. Cela passe non seulement par un partenariat accru avec les académies de Lyon et de Grenoble sur l'ensemble du territoire rhône-alpin mais aussi par la mise en place d'un réseau régional de formateurs et de relais en s'inspirant de qui a été bien fait pour le théâtre il y a plus de 40 ans. Les oeuvres de la Collection Frac Rhône-Alpes, la richesse du Fonds de documentation et de recherche quasi unique en France, la politique éditoriale menée depuis 15 ans constituent pour cela un formidable outil de diffusion et de sensibilisation.

L'arrivée de nouveaux moyens informatiques permet aussi de désenclaver l'art en faisant circuler des informations tant générales que spécialisées. La mise en place de notre site internet (que nous vous présentons actuellement en vidéoprojection) ouvert depuis mars 1997 constitue un formidable outil de promotion, d'échanges et de formation permanente. Chaque mois, plus de 10 000 machines se connectent déjà à notre site, ce qui représente plus de 15 000 visites mensuelles. Les artistes eux-mêmes nous demandent désormais de gérer la partie informatique de leurs activités ; archives, textes et photos, communication, forum de débat...
Nous souhaiterions pouvoir donner un nouvel élan à ce qui nous avons déjà bien amorcé.

Cette politique de formation des publics doit être alimentée et dynamisée en permanence par une politique d'accueil d'intellectuels, de chercheurs, de critiques, de théoriciens de l'art et bien évidemment d'artistes. Les artistes eux aussi ont besoin de la rencontre et du débat, ce qu'avait bien compris Pontus Hulten avec son Institut des Hautes Etudes en arts Plastiques. Les artistes sont et seront toujours les vrais formateurs. Si la situation française d'aujourd'hui est plus riche en institutions vouées à l'art contemporain par rapport aux années 70, il faut encore que des structures comme la nôtre puissent offrir aux artistes émergents avec une formation professionnelle les approfondissements nécessaires. C'est pour cela que nous voudrions également vous proposer d'aider la création d'un séminaire annuel pour les jeunes artistes, une sorte d'Académie européenne de l'art contemporain, en partenariat avec nos collègues de l'étranger : il s'agirait d'un séminaire léger, mobile à l'intérieur de l'Europe. Il alimenterait non seulement une conscience artistique européenne mais permettrait aussi et surtout de démultiplier notre propre potentiel de formation.

Enfin, au travers d'expositions, de conférences, de partenariat avec des entreprises comme Lyon Parc Auto pour la mise en place d'oeuvres d'artistes dans des parkings, notre institution a toujours marqué son intérêt pour l'architecture dont les problématiques sont souvent proches de celles de l'art contemporain. Nous souhaiterions également renforcer les liens existants avec des institutions comme les Maisons de l'architecture ou les Caue et mettre ainsi en relation les artistes avec les architectes et les maîtres d'oeuvres pour faire entrer l'art au coeur de la vie quotidienne, de la cité.

Comme vous le sentez bien, nous voulons vraiment que cet Institut d'art contemporain concourre à une relation intelligente et complice entre art et public, entre l'art et la société.

En conclusion, Madame la Ministre, vous me permettrez de formuler un voeu : celui de voir cet Institut d'art contemporain faire école. Car il faut en France un vrai réseau et celui des Centres d'art et des Fonds régionaux d'art contemporain doit être renforcé. L'indispensable formation et sensibilisation à l'art passe par eux tout comme la revitalisation de la scène artistique. Pourtant il leur manque souvent les moyens financiers et humains d'un travail complet, ce qui peut les rendre vulnérables. Leur perennité nécessaire viendra de leur capacité à atteindre le niveau européen, non seulement par la qualité de leur programmation mais aussi par les moyens d'action aussi bien en direction des artistes que du public.

Telle est, en tout cas, notre objectif et notre ambition à l'Institut d'art contemporain.

Je vous remercie

Jean Pierre Michaux