L'Envers du décor
dimensions décoratives dans l'art du XXe siècle
du 21 mai 1999 au 31 octobre 1999
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L'accrochage

« Le problème de l'accrochage revêtira uneimportance extrême » écrivait Malevitchen 1919. Et il ajoutait : « Les murs des muséessont des surfaces-plans sur lesquelles les oeuvres doivent êtreréparties dans le même ordre qu'est répartie lacomposition des formes sur la surface-plan picturale. » Ironiquement, la problématique de l'accrochage, promiseà un brillant avenir au sein de l'avant-garde jusqu'àl'époque la plus contemporaine, est formalisée pour lapremière fois - mais est-ce à proprement parler unesurprise ? - en relation à la notion d'harmoniedécorative. L'harmonie décorative s'inscrit dans unedouble proportion : des composants picturaux à l'oeuvre-plan quiles contient d'une part, des oeuvres accrochées au mur àl'espace-plan ou au volume architectural qui les enveloppent d'autrepart. La couleur du revêtement mural et des cadres, les meubleset les tapis, l'éclairage, le décor floral, lestoilettes féminines... voilà autant de paramètresque devrait prendre en compte idéalement la secondeproposition. (...). D'ou cette espèce de péchéoriginel de l'abstraction, sorte de marque infamante qu'elle porte aufront et qui tient a sa compromission originelle avec l'effetdécoratif. Dans "La Montée du cubisme" [1920] le marchandDaniel-Henry Kahnweiler écrit « Il conviendrait de mentionnerune tendance qui se fixe pour but la "peinture sans objet" et quiveut composer sur la toile des ensembles colorés harmonieuxsans aucune référence à un objet naturelquelconque. » Suit une condamnation sans appel de cette tendancedécorative. Cinquante ans plus tard, parlant de l'exposition aucours de laquelle Yves Klein présenta ses monochromes, etévoquant le débat qui accompagna cetteprésentation, Pierre Restany note à son tour : «L'objection majeure demeura l'intégration architecturale. Laréduction de la proposition monochrome àl'équation couleur + format permettait toutes lesspéculations gestaltiques ou décoratives possibles. » Ily a donc bien une "objection décorative" qui résonneà la manière d'une ritournelle tout au long del'histoire de l'art moderne et s'adresse, avec une feinte ironie,à l'orgueilleuse abstraction. « Une peinture qui s'identifieexclusivement avec sa surface ne peut que tendre à ladécoration et souffrir par là-même d'unrétrécissement de son champ d'expression » (C. Greenberg). D'ou sans doute l'extrême sensibilité, pourne pas dire susceptibilité, des peintres abstraits dèslors qu'il est question du décoratif. [...]



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