Jef Geys

Institut d’art contemporain, Villeurbanne
6 avril - 3 juin 2007



L’Institut d’art contemporain présente la première exposition rétrospective de Jef Geys en France.
Né en 1934 à Léopoldsburg, Jef Geys vit et travaille à Balen (Belgique). Considéré en Belgique comme l’artiste le plus important de sa génération, Jef Geys reste un artiste atypique, encore peu connu du public, malgré son parcours international : Pori Art Museum, Pori, Finlande, 2005 ; Van Abbemuseum, Eindhoven, 2004 ; Documenta 11, Cassel, 2002 ; Le Collège-Frac Champagne-Ardenne, 1995 ; Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 1992 ; Biennale de São Paulo, 1991.

Jef Geys
Apparu sur la scène artistique au début des années 60, Jef Geys conduit toute son œuvre comme un vaste projet évolutif qui conjugue attitude conceptuelle, activité pédagogique et expérimentations plastiques.

Dès les années 60, Jef Geys travaille à décliner des formes possibles d’apprentissage en mettant à profit son rôle de professeur d’art plastique à Balen. L’école de Balen, où il enseignera jusqu’en 1989, est alors une sorte de laboratoire à la fois pédagogique et artistique, d’activités polymorphes qui croisent le social, le politique et l’esthétique, tout comme les expressions majeures et mineures de l’art – en somme un nouveau petit « Bauhaus ». Jef Geys conçoit des « images-formes » : des formes dont la simplicité structurelle est inversement proportionnelle à la charge symbolique (étoile à cinq branches ou pentagramme, étoile à six branches ou hexagramme…). Il crée alors de nombreuses « boîtes » qui constituent le plus souvent des cadres de référence dans sa production, autrement dit des œuvres-matrices, propices à l’expérimentation de formes et appelées à se ramifier dans le temps (Boîtes de jeux sensoriels, Album à colorier, 1963-65, Sachets de semences, 1963-89, Etoiles…). Dès cette époque, différentes séries en bas-reliefs laqués déclinent des formes épurées qui transposent des préoccupations modernistes dans des représentations triviales du quotidien (Poupées, Fruits, Légumes et art comestible, Choux, Quilles, etc.).

Cette dimension d’inventaire, omniprésente dans toute l’œuvre de Jef Geys, se retrouve également dans Lapin rose robe bleu, qui collecte depuis les années 60 les photographies de ses élèves, dont il camoufle et fragmente les portraits. Les œuvres sont alors conçues comme des projets de vie qui incorporent la réalité biographique de l’artiste.

Dans le même temps, Jef Geys explore des pièces en volume à la frontière entre sculpture et architecture (Tentes-sculptures, par exemple) : des structures architectoniques déplaçables, à dimension humaine, qui l’amèneront à construire en 1977 une maison habitable de ses propres mains, avec des matériaux récupérés, puis au projet monumental Casa présenté à São Paulo en 1991. Ces productions matérialisent l’intérêt de Jef Geys pour le nombre d’or et la théorie des proportions et ses recherches sur la mesure et le corps.

Depuis 1971, le journal d’information Campinois, Kempens Informatieblad, accompagne toutes les expositions de Jef Geys. Cette parution est caractéristique de la démarche de l’artiste, dans le sens où elle combine une modalité conceptuelle (avec primauté textuelle), l’inclination de l’artiste pour le canevas et le camouflage, tant de formes que d’idées (ici les données artistiques personnelles s’infiltrent dans les informations collectives) et son goût pour la mobilité et la dissémination de l’œuvre. C’est en cela que le travail de Jef Geys est aussi traversé par le « récit » autobiographique, mais un récit qui brouille et démultiplie ses identités, crypte ses langages et se faufile dans la vie courante, à rebours de toute sacralisation contemplative.

Constamment hybride, l’œuvre de Jef Geys a la particularité de se construire sur un héritage moderniste – notamment celui du Bauhaus – tout en développant le goût de l’artiste pour la dimension ordinaire du réel. Ainsi, à l’encontre d’une forme et d’un langage hégémoniques, Jef Geys invente une forme de conceptualisme débridé.

L’exposition
L’exposition conçue par Jef Geys pour l’Institut d’art contemporain réunit la plupart des composantes de son travail : l’archive et l’autobiographie, l’architecture et les formes matricielles, la préoccupation du vivant, le corps, la pédagogie.

L’éclairage exceptionnel donné par cette exposition est de présenter pour la première fois la totalité des parutions du Kempens Informatieblad, lequel traverse toute l’œuvre et la vie de Jef Geys.

Le visiteur se retrouve ainsi, dès la première salle de l’exposition, dans l’espace foisonnant d’archivage des Kempens Informatieblad – double archivage en l’occurrence : couvrant les murs et entreposés sur des tables en bois. Sont ici contenus tous les fondements de l’œuvre de Jef Geys, qui vont se décliner dans les salles suivantes de l’exposition, elles-mêmes « contaminées » par la présence référentielle régulière de pages du journal.

Le Kempens Informatieblad IAC Villeurbanne, édité pour l’occasion, condense de manière inédite toutes les couvertures des Kempens déjà parus. Selon la volonté de l’artiste, et dans une logique de dissémination, tous les exemplaires – l’ensemble des stocks de l’artiste – des Kempens Informatieblad sont diffusés, voire distribués, au public pendant la durée de l’exposition.

Jef Geys accomplit par là un geste fort s’apparentant au don de toute une vie.

Autour de ce support nodal, de cette « œuvre-vie », s’articulent dans l’exposition différentes approches de l’artiste et nombre d’œuvres qui composent une sorte de vaste « plan de travail » – avec le film de la Documenta, Questions de femmes, Livre (blanc), etc.et mettent particulièrement en exergue, moins les finalités plastiques, que la procédure de création elle-même de Jef Geys.

L’exposition de Jef Geys ne se livre pas comme un catalogue linéaire de ses œuvres mais se déroule comme une grille de travail, qui, bien que régie par une rigoureuse organisation interne, à la fois déploie et entremêle des formes d’expression très diversifiées (des plus classiques aux plus contemporaines) et des problématiques artistiques, biographiques et universelles. Un entrelacement complexe et codé, un ensemble de ramifications, qui, à l’image de la croissance biologique, se dérobent à toute transparence de lecture et à toute maîtrise d’un devenir.


Commissaires de l’exposition 
:
Roland Patteeuw, Directeur de la Kunsthalle Lophem (Belgique)
Nathalie Ergino, Directrice de l’Institut d’art contemporain


Expositions du 6 avril au 3 juin 2007
Vernissage le jeudi 5 avril 2007 à 18h30