La photographie à l'épreuve à l'Institut d'art contemporain

" la photographie dans le contexte de l’art moderne et contemporain"

Collections de l’IAC – FRAC Rhône-Alpes
et du Musée d’Art Moderne de Saint-Étienne Métropole
du XIXe au XXI e siècle

De quelques principes qui ont présidé aux choix de l’exposition

La collection de photographies du FRAC Rhône-Alpes a, dès l’origine, été pensée comme une collection de type muséal, qui se positionnait face aux autres collections françaises, constituées principalement à Paris. Conçu pour favoriser un parcours historique, certes partiel car aussi le reflet d’opportunités d’acquisitions ou de recherches de fonds encore mal connus à l’époque, il respecte cependant une certaine chronologie. Les principes de sa constitution sont liés à la « personnalité » du commanditaire : une institution d'art contemporain. Si la collection du FRAC Rhône-Alpes ne se voulait ni strictement chronologique, ni ne savait pouvoir être exhaustive, elle répondait à l’objectif qu’elle s’était fixé : poser la question de la position de l’image photographique dans l'ensemble de la production photographique en art contemporain. Il relevait de sa mission d’interroger les images par rapport à leur contemporanéité. Ce principe a été un point de départ fondamental de la démarche entreprise par Jean-François Chevrier. Il l'explique dans une note rédigée pour la DAP (délégation aux Arts plastiques, ministère de la Culture) sur la politique française en matière de photographie. Il y développe l’argument que créer des collections spécifiques sur l'évolution du médium n’aurait plus aucun sens, et qu'il faut revenir au principe de base des politiques adoptées par le MoMA (The Museum of Modern Art, New York) et des questionnements de l'avant-garde russe : situer la photographie dans le contexte de l’art moderne et contemporain. Ce parti pris s’est cristallisé dans une exposition importante des années 1980, Une autre objectivité, conçue par Jean-François Chevrier et James Lingwood et présentée en 1989 à Paris au Centre national des arts plastiques et à Prato au Centro per l'arte contemporanea Luigi Pecci. Les choix défendus dans cette exposition ont constitué l’ancrage d’une relecture de l'histoire de la photographie, non pas dès ses débuts, mais depuis son acceptation en tant que telle par le monde de l'art et qu’on peut dater des années 1980.

Il nous paraît donc évident que l’ouverture de cette collection doit également être l’occasion de mener rétrospectivement une réflexion sur les partis pris et les conceptions développés à propos du contemporain et sur la mise en perspective qui en est issue de l’histoire de la photographie. L’exposition Une autre objectivité a marqué les esprits et a eu pour effet, grâce à la photographie contemporaine des années 1980, d’améliorer la connaissance et l’appréhension de la photographie historique.

On retrouve dans la Collection IAC – Frac Rhône-alpes des ensembles importants de la plupart des photographes sélectionnés pour cette exposition, photographes d’une génération qui a d'ailleurs continué à dominer la pratique contemporaine.

Étant donné qu’il n'y a jamais eu à Lyon ou à Villeurbanne d'exposition traitant d’une quelconque manière de l’histoire de la photographie, il nous paraît d’autant plus nécessaire d’utiliser cette présentation inédite de la Collection pour proposer une relecture des principaux choix en mettant en vis-à-vis le contemporain et un parcours historique.


Architecture de l’exposition

L'IAC – Frac Rhône-Alpes consacrera la totalité de ses espaces d’exposition à cette importante manifestation :
Neuf salles et trois espaces intermédiaires

Les figures clés

L’exposition visera à mettre en valeur des ensembles monographiques particulièrement représentatifs des figures clés de l’exposition Une autre objectivité. Ces ensembles seront mis en perspective et en confrontation avec une traversée historique de la photographie – des origines à la période contemporaine. Certaines figures clés seront présentées par des ensemble exhaustifs et côtoieront d’autres œuvres afin de favoriser les confrontations.

Les photographes « figures clés » :

- Robert Adams
- John Coplans
- Craigie Horsfield
- Susanne Lafont
- Patrick Faigenbaum
- Jean-Louis Schoelkopf
- Thomas Struth
- Jean-Marc Bustamante
- Patrick Tosani

Une traversée subjective de l'histoire de la photographie

Pour tisser une trame de lecture de l’histoire de la photographie, il est essentiel de s’attacher aux débuts de ce médium, longtemps considéré comme n’ayant été qu’un simple outil pour les sciences et les beaux-arts. La lente émancipation de la photographie se fera dans des échanges permanents avec d’autres disciplines, ce qui en fait, particulièrement à ses débuts, un témoin privilégié des modes de pensée de l’époque. Quelques ensembles de premier ordre de la Collection IAC – Frac Rhône-Alpes permettent de proposer une introduction à l’histoire de la photographie composée d’épreuves historiques de photographes anonymes et connus comme : Edouard Baldus, Bisson Frères, Auguste Giraudon, Achille Mauri, Giorgio Sommer, Antoine Beato, Eadweard Muybridge, et d’autres.

L’émancipation du médium, voire son statut parfois privilégié au sein de l’avant-garde dans sa volonté de construire des langages esthétiques aptes à dialoguer avec des populations peu lettrées et à fusionner art et vie quotidienne, sera illustrée par des ensembles là encore majeurs.

Ils introduiront aussi bien l’apparition des codes de la photographie de la nouvelle objectivité que ceux du surréalisme et ceux d’un réalisme poétique. Seront montrés pour cette période des ensembles de Blanc & Demilly, René Jacques, Raoul Hausmann, Piet Zwart, Wols, Cas Oorthuys et Helen Levitt (pour l’avant-guerre).

Dans l’après-guerre, l’émancipation du médium rencontre la naissance du reportage et de la séquence temps, ce qui le rapproche d’une nouvelle technologie de la vraisemblance et l’inscrit dans ce champ spécifique de la représentation du réel : la télévisualité ou l’image en direct. Le document, le témoignage spontané ou pris sur le vif caractérisent beaucoup de ces productions, parfois proches d’une photographie purement journaliste. Ce tournant sera représenté par des œuvres de Dominique Auerbacher, Gabriel Cuallado, Lee Friedlander, Chris Killip, Christian Milovanoff, Jan Saudek, Claude Batho, Tony Ray-Jones, William Eggleston et William Klein.

Une attention particulière sera portée aux photographes qui ont surtout été actifs dans la région Rhône-Alpes au XIXe comme au XXe siècle : Collard, Félix Thiollier, Margain & Muzet, Ito Josué, Yves Bresson, Jacques Damez et Maurice Muller.

Des confrontations entre l'art contemporain et l’histoire du photographique

Tous ces ensembles seront ponctuellement confrontés à quelques œuvres remarquables qui sont devenus de vrais « incontournables » des débats photographiques des trente dernières années, même s’ils se placent plus du côté de l’art contemporain que d’un discours proprement photographique. Il s’agit d’installer des perspectives de contraste entre les choix proposés par Jean-François Chevrier et ces œuvres emblématiques qui reprennent l’idée de la séquence photographique et la transforment en la spatialisant selon des modes proches de l’installation ; avec entre autres :

- Christian Boltanski (L'Album de la famille D)
- Allan Sekula (Waiting for tear gas)
- Fiona Tan (Facing Forward)

 

Exposition du 11 février 2005 au 22 mai 2005 à l'Institut d’art contemporain - Villeurbanne