Description de l’exposition


L’exposition à l’Institut d'art contemporain se déroulera dans six des salles d'exposition afin de bien mettre en valeur la pertinence du questionnement de Bernard Bazile sur les mécanismes du collectionnisme et de permettre aux visiteurs de mesurer l’ampleur de la question posée par les avant-gardes de la transformation des valeurs artistiques en valeurs économiques et d’en percevoir les influences sur l’évolution de l’idée du goût. La présentation est conçue comme une installation spécifique, conçue pour l’architecture du lieu de l’IAC.

Le préambule est constitué d’une série photographique de portraits réalisés après les séances d’interview où les propriétaires tiennent en main la pièce à conviction autour de laquelle toute cette étude de cas s’est articulée. Deux écrans présenteront des films reconstruisant le trajet de Manzoni et de son œuvre Merda d’artista : on y verra les lieux où il a travaillé, les personnes qui l’ont accompagné dans son projet ainsi que des plongées à l’intérieur des collections – l’environnement quotidien ou le contexte dans lesquels on peut aujourd’hui rencontrer l’œuvre : musée, maison privée, bureau, etc. Il s'agit de montrer comment ces objets provocateurs mais peu spectaculaires existent et interagissent avec leur milieu.

Une deuxième partie de l'exposition met en scène le projet initial de Piero Manzoni, en exposant quatre exemplaires de Merda d’artista, chacune portant les étiquettes des quatre langues utilisées par Manzoni pour décrire son contenu – l’allemand : Künstlerscheisse, l’anglais : Artist’s Shit, le français : Merde d’artiste, l’italien : Merda d’artista. En vis-à-vis, seront inscrites, dans les quatre langues des entretiens (les mêmes que celles des étiquettes apposées sur les boîtes), les quatre questions que Bernard Bazile a posées aux propriétaires pendant les interviews.

L’installation centrale s'étend dans quatre salles et est organisée comme une galerie de portraits parlants. Il s’agit de la projection sur 16 écrans des séquences des films des interviews des collectionneurs et des propriétaires de l'œuvre dans différents pays du monde. Les interviews sont montées en série selon les différentes langues des interlocuteurs, elles sont projetées comme des portraits en buste et sous-titrées pour que l’exposition puisse être compréhensible par tous.

Pour cette installation, Bernard Bazile a mené quelque soixante interviews avec des directeurs de musées, des membres de la famille Manzoni, des amis artistes, des critiques d’art amis de Manzoni, des professeurs d'histoire de l’art, des collectionneurs privés aux quatre coins de la terre, tous propriétaires d'une Merda d’artista. Ils racontent l’histoire de leur acquisition et expliquent les raisons pour lesquelles ils ont acquis l'œuvre et donnent leur évaluation de la qualité artistique du geste de Manzoni. Evidemment, leurs récits mentionnent aussi l'effet produit par la simple présence d’un tel objet auprès des membres de leur famille, de leurs amis ou de leurs connaissances. Au croisement de l’histoire personnelle et de l’histoire collective, ces récits autorisent un regard sociologique sur les motifs et les mécanismes du collectionnisme et sur l’art comme construction institutionnelle.