L'artiste Bernard Bazile


Si Bernard Bazile utilise dans son œuvre des médiums diversifiés – la vidéo, la sculpture, l’installation ou encore la photographie –, ce ne sont pas les objets en tant qu’œuvres d’art qui l’intéressent. Ils ne sont que des moyens que l’artiste met à son service pour véhiculer ses idées : son travail étant en effet essentiellement fondé sur une réflexion sur l'art, les signes sociaux et la réalité de l'époque contemporaine, toutes les œuvres réalisées depuis 1989 sont en relation directe avec des images du monde quotidien et des situations socio-politiques réelles.

De 1983 à 1987, Bernard Bazile travaille en collaboration avec le photographe Jean-Marc Bustamante sous le nom de « BazileBustamante ». Leurs œuvres s’inscrivent déjà dans la lignée d’une critique artistique, politique et sociale que poursuivra Bazile seul par la suite. Un ou deux exemples suffisent à le montrer : Il est dangereux d’avoir peur d’un requin (1983) se compose de deux grandes affiches installées dans la rue tels des panneaux publicitaires. Sur la première, des dessins figurent les utilisations possibles du requin comme matériau tandis qu’on peut lire sur la deuxième la phrase du titre de l’œuvre : montrer qu’il est possible de faire une aiguille avec le squelette d’un requin désacralise la puissance supposée de l’animal face à l’homme et révèle que le rapport de puissance peut aussi s’inverser quand l’homme se fait exploiteur de la nature. Le Tapis (1984) est une réplique d’un tapis créé par Sonia Delaunay : d’une part, cette œuvre qui a perdu avec le temps son sens et son aura artistiques devient ici simple objet de décoration ; de l’autre, et presque paradoxalement, l’intervention de BazileBustamante réhabilite l’œuvre dans le champ de l’art en lui affectant un cadre qui lui confère la structure d’un « tableau ». Dès 1981, Bernard Bazile avait également transféré le lieu d’exposition de certaines de ses œuvres en les concevant pour des lieux publics et en les installant dans l’espace urbain : ainsi le Métro Glacière (1981) ou le projet plus récent de la Station Place d’Italie (1996), entre autres.

L'exposition de l’artiste It's O.K. to say no ! au Centre Georges Pompidou en 1993 regroupait des œuvres de diverses natures – sérigraphies, vidéos, « tableaux-vivants », etc. – et présentait toutes les facettes du travail de l’artiste dans ses composantes critiques et référentielles multidirectionnelles. On pouvait, par exemple, y découvrir : une boîte de Merde d'artiste (1961) de Piero Manzoni ouverte par Bernard Bazile et placée face à un mur recouvert de coupures de presse témoignant entre autres des réactions à l’exposition rétrospective de Manzoni à la Galerie nationale d’art moderne de Rome en 1971, en particulier de l’exposition dans un musée public de Merda d’artista ; la représentation d'une fellation en surimpression sur un tableau de Boucher était prétexte au jeu de mot du titre L'Odeur de la pipe ; des tableaux en moquette – une manière pour l’artiste de s’éloigner de la peinture – reproduisaient des livres d’éducation pour enfants intitulés It’s okay to say no ! L’exposition proposait également des femmes nues vivantes allongées sur des peaux de bêtes, promues au rang d’œuvres d’art et offertes au regard des spectateurs : les Mel Ramos. Ces Mel Ramos sont des citations d’œuvres d’artistes antérieurs mais font également référence à des tableaux de pin up de l’artiste pop Mel Ramos : Bernard Bazile a remplacé la représentation d'une pin up par le modèle vivant du peintre. L'enjeu pour le spectateur est de percevoir au plus près ce que le peintre a vécu dans son rapport avec son modèle. « On peut ici comprendre toutes les différences qui séparent le happening publicitaire de Chantal Thomass des Mel Ramos de Bazile. S'il s'agit, dans les deux cas, de susciter le désir, Bazile met les modèles à portée de la main tandis que Chantal Thomass les protège derrière une vitrine ». Enfin, avec les Chefs d’Etat, la volonté de Bernard Bazile était de montrer des hommes politiques dans leurs gestes les plus banals et les plus quotidiens. Les images ont été sélectionnées selon des critères typologiques (le même chapeau, le même geste retrouvé chez différents hommes d’Etat) et non pas selon des critères idéologiques. Quatre écrans diffusaient les films que les gens ne pouvaient regarder en même temps ; l’intention de l’artiste était de faire déambuler les visiteurs dans ce lieu de projection comme dans un hall de gare.

Bernard Bazile a récemment participé à l’exposition collective Actualités : luxe économie catastrophe naturelle sexe consommation politique faits divers guerre organisée au Rectangle, centre d’art de la ville de Lyon. Il y a proposé différentes œuvres issues de It’s O.K. to say no et l’œuvre Et Tibéri aussi (1998-2002) : l’artiste a photographié l’œuvre Clinton is Innocent de Gabriel Orozco (la phrase du titre écrite en lettrage de grande taille sur un mur blanc), qui ouvrait son exposition au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, après qu’un visiteur ait ajouté « et Tibéri aussi ».